Vous êtes ici : Accueil > Activités, Colloques > Colloque 2015 : 55ème Congrès de la SAES

Colloque 2015 : 55ème Congrès de la SAES

55ème CONGRES de la SAES

Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur

UNIVERSITÉ de TOULON 4/6 JUIN 2015

*

Texte de cadrage scientifique

L’engagement

 

Rendue célèbre par la marine et les contingents militaires, la ville de Toulon semble largement caractérisée par la notion d’ « engagement », comme en atteste aussi la place importante accordée au rugby, sport « engagé », s’il en est. Les synonymes de cette notion sont nombreux: agir ou subir, entreprendre, se lancer dans une direction — voire s’y compromettre — ou prendre en charge. S’engager, c’est aussi prendre des décisions à des moments cruciaux ou dans des périodes de crise (la racine de ce mot, krinein, signifiant « choisir » en grec ancien). Mais pour quoi (ou contre quoi) s’engage-t-on ? S’agit-il d’une décision individuelle ou d’une affirmation collective? Le caractère principalement politique de ces questions ne saurait cependant occulter les préoccupations d’ordre littéraire ou esthétique, tout comme les dimensions ontologique et téléologique percent derrière la recherche d’idéaux somme toute subjectifs tels que l’ordre, la justice ou la vérité, au cœur même de la notion d’engagement. Les domaines qui composent l’anglistique se prêtent de fort belle manière à une déclinaison des multiples facettes de ce thème.

Même si le terme de « littérature engagée » date du XXe siècle, le combat des écrivains de langue anglaise en faveur de telle ou telle cause peut parfaitement s’y apparenter, qu’il s’agisse, par exemple, des dissidents religieux anglais aux XVIe et XVIIe siècles, de la dénonciation de l’emprise britannique sur l’Irlande par Jonathan Swift au XVIIIe siècle, du combat de Charles Dickens contre les inégalités sociales à travers ses romans ou, en traversant l’Atlantique, de l’engagement de Ralph Waldo Emerson contre l’esclavage. Les engagements précoces d’auteures telles que Mary Wollstonecraft ou Margaret Fuller pour la cause des femmes ou ceux, plus récents, d’écrivains du Commonwealth dans un contexte post-colonial mériteraient également une grande attention. Du point de vue de la narration, y compris dans le domaine du cinéma, l’engagement suggère un jeu entre le narrateur et le lecteur (ou le spectateur), le premier pouvant « engager » le second dans une voie particulière — au risque de le tromper, comme John Dowell dans The Good Soldier, œuvre la plus connue de Ford Madox Ford, éminente figure du monde anglophone ayant vécu dans la région de Toulon.

La civilisation trouve un terrain privilégié dans l’exploration du thème de l’engagement et les mouvements où les figures historiques s’étant « engagées » pour la promotion d’idées d’ordre politique, religieux ou social sont pléthore, sans oublier leurs représentations dans le domaine du cinéma (souvent, par des cinéastes « engagés » également). Des mouvements pour l’indépendance dans les colonies britanniques au credo des partis politiques, en passant par la création de clubs politiques tels que la Fabian Society, l’engagement a toujours été le corollaire des idéologies et le contexte historique pèse de tout son poids.

« S’engager » dans telle ou telle voie pourrait également mener à l’étude de la direction prise par les gouvernements à des moments-clés de leur existence, qu’il s’agisse de leur fondation (le débat sur la Constitution Fédérale des Etats-Unis, par exemple) ou d’un changement de politique, comme le choix du « désengagement » de l’Etat au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Enfin, s’engager à faire quelque chose signifie aussi « tenir ses promesses» et étudier les différences entre les fondements d’une idéologie et leur application pratique constitue une autre facette de ce thème.

Dans le champ de la didactique, il pourra s’agir de l’engagement dans le processus même d’enseignement-apprentissage de la langue : engagement dans l’interaction, engagement verbal et multimodal, place de la mémorisation, de la création, part de l’affect et des émotions, démarches autonomisantes, etc.; dans la situation d’enseignement-apprentissage se posent les questions de l’implication des élèves et du professeur, des rapports aux savoirs et aux technologies, de la motivation, du plaisir d’utiliser d’autres langues que sa langue d’origine, de réfléchir sur leur fonctionnement ; enfin dans le domaine de la recherche, on pourra s’interroger sur la posture de l’enseignant-chercheur entre engagement et distanciation, et sur celle des divers partenaires de l’éducation : élèves, parents d’élèves, etc.

L’engagement en linguistique anglaise, comme en langues de spécialité, peut impliquer l’adoption d’une approche spécifique dans la résolution d’une problématique, en mettant en avant ses avantages dans le domaine de recherches étudié, par rapport à d’autres approches théoriques. Ce choix pourrait être un cadre structuraliste, générativiste, énonciativiste, cognitiviste ou autre dans le domaine de la grammaire. Il peut signifier aussi une approche en traductologie où le chercheur essaie d’établir un cadre théorique pour la transmission des informations en restant fidèle aux idées et aux sentiments évoqués par le texte source. L’engagement peut également être le désir de montrer l’interprétation réelle des données linguistiques dans les études empiriques sur la langue, en empêchant la distorsion des statistiques ou des résultats, que ce soit dans l’analyse du discours, dans les éléments prosodiques des enregistrements de la langue parlée, ou encore dans la lexicologie sémantique ou historique, ainsi que dans les analyses linguistiques de textes littéraires. Parmi toutes les théories existantes ou développées, l’engagement en linguistique devrait ainsi impliquer la tentative de recherche de la vérité et des raisons à l’origine de l’existence des phénomènes observés dans la langue anglaise.

En dernier lieu, une approche « désengagée », c’est-à-dire dépourvue de toute idéologie, ou le besoin de se détacher de théories bien établies dans tel ou tel domaine, pourrait donner lieu à de fructueuses et légitimes recherches. Dans certains cas, le chercheur pourrait établir que les preuves validant l’approche d’un sujet sont insuffisantes, voire défaillantes. Un critique littéraire, un commentateur politique ou un linguiste pourrait même décréter que ses théories ou découvertes sont si avant-gardistes qu’elles pourraient mener à l’exploration de champs de recherche inédits.

En littérature, le « non-engagement », ou la neutralité, pourraient, outre les études menées dans le domaine de la narratologie et des différentes focalisations, déboucher sur la notion inverse. Lorsque Bartleby affirme “I would prefer not to”, ne s’agit-il pas d’une forme d’engagement ?

Veuillez télécharger le texte ici, en français et en anglais.


Copyright © 2010-2012 Laboratoire Babel. Tous droits réservés.
Réalisé avec WordPress.