Laboratoire BABEL

EA 2649
Langages, littératures, civilisations et sociétés

Conférence sur « Frankenstein, roman révolutionnaire ? » d’Olivier Larizza. Journée du 1er Février 2018

La célébration du bicentenaire de la parution de Frankenstein or the Modern Prometheus (1818) offre une occasion rêvée d’attirer l’attention sur la manière dont le discours (critique) a fait de cette œuvre littérairement révolutionnaire à certains égards, une fable politique sur la révolution, en l’occurrence et en filigrane celle de 1789. L’un des leitmotivs de la critique shelleyenne consiste en effet à considérer que le célèbre monstre inventé par Mary Shelley (1797-1851) symbolise la Révolution française dans ce qu’elle avait à la fois d’inouï, de fascinant et de terrible, notamment pour les radicaux anglais ; à considérer que Frankenstein est le reflet allégorique d’une posture ambivalente d’attraction-répulsion vis-à-vis de ce bouleversement historique sans précédent. Ma communication visera à montrer qu’il s’agit d’un dévoiement de l’interprétation. Je tenterai de démêler les causes de celui-ci (parmi lesquelles la récupération, dès le dix-neuvième siècle, du monstre romanesque), d’en exposer le processus ou les justifications, et de prouver que le projet matriciel de Mary Shelley n’incorporait aucune dimension politique. En dépit du pedigree de l’auteure, fille de deux grandes figures du libéralisme anglais (la militante féministe Mary Wollstonecraft et le penseur anarchiste William Godwin), on a ici affaire à une métaphore – celle de la Révolution pensée comme monstre[1] – déterminée par l’intertexte et le contexte au lieu du texte, et projetée sur ce dernier après coup, avec pour conséquence d’en influencer sa réception.

[1]Notamment par Edmund Burke dans Reflections on the Revolution in France (1790).