Laboratoire BABEL

UR 2649
Langages, littératures, civilisations et sociétés

Archives de catégorie Équipes

Séminaire 2022-2024 : Frontière(s)

Youssef Ferdjani, Laure Lévêque, Jacques-Emmanuel Bernard

La Méditerranée est un espace complexe, une mer intercontinentale presque entièrement fermée bordée par l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord et l’Asie de l’Ouest. Il y avait auparavant deux ouvertures vers les autres mers et océans, le détroit de Gibraltar et le détroit des Dardanelles. Il y en a aujourd’hui trois avec le canal de Suez. Le statut particulier de la mer Méditerranée est confirmé par l’étymologie puisque son nom vient du latin mare Mediterraneum qui signifie « mer au milieu des terres ». Dans ce contexte, la Méditerranée a toujours été une importante voie de transport maritime permettant les échanges entre les différents peuples des pays qui la bordent. Par ailleurs, de grandes cultures ont vu le jour dans cette région du monde ce qui explique son rôle important dans le développement de la civilisation occidentale. Au fil des siècles, les nombreux échanges ont favorisé une certaine homogénéité culturelle en particulier quand l’empire romain avait unifié l’intégralité du bassin méditerranéen dans une unique entité politique. Cependant, aujourd’hui cet espace est composé par vingt et un états souverains dans lesquels on parle une vingtaine de langues différentes. Ces données objectives étant exposées, nous pouvons nous demander si la mer Méditerranée est une frontière ou au contraire un trait d’union. Le mot « frontière » a au départ une connotation militaire dans la mesure où il vient de « front » qui désigne une zone de combat fluctuante. C’est avec la naissance de l’État moderne que le mot acquiert son sens actuel de limite entre deux pays. La frontière désigne donc la ligne de démarcation juridique entre deux souverainetés mais également la discontinuité entre deux territoires. La Méditerranée est donc une frontière naturelle et incontestable car elle s’impose à tous comme une évidence lisible dans le paysage. Cette réalité s’est imposée de manière brutale avec la crise migratoire des années 2010 durant laquelle des milliers de personnes sont mortes en voulant traverser la Méditerranée pour fuir la misère ou la guerre et trouver une vie meilleure en Europe.
Cependant, il est également possible de voir la frontière comme une interface, une ligne qui unit et sépare à la fois. En effet, il arrive que les marges aient plus d’affinités culturelles et économiques avec la région limitrophe qu’avec l’intérieur du pays auquel elles appartiennent. Dans le cas de la Méditerranée, on peut la comparer à une zone de mixité qui favorise le brassage culturel. Dans certains cas, l’existence d’une discontinuité peut réintroduire de la continuité. Elle peut encourager des synergies importantes de part et d’autre de la limite et déboucher sur un processus d’homogénéisation. Par exemple, l’immigration débouche sur une augmentation des échanges et des modes de vie qui se transmettent à la société qui accueille. Ainsi, il est possible de dire que les grandes discontinuités physiques « ne s’instaurent en tant que barrières représentées et vécues par les hommes qu’à partir du moment où ceux-ci les considèrent comme telles » (Guy Di Méo, Limites et discontinuités en géographie, SEDES, 2002). Les travaux de Fernand Braudel (La Méditerranée : L’Espace et l’histoire, Champs, 2009) et de Roger Brunet (Les Phénomènes de discontinuité en géographie, éditions du CNRS, 1968) nous rappellent que la Méditerranée a longtemps été un creuset commun. En effet, les échanges précoces ont été à l’origine de liens et de mélanges tandis que l’essaimage
à partir des foyers phéniciens, grecs, carthaginois, romains, byzantins, turcs, etc. a favorisé des développements communs. Par conséquent, l’exemple de la Méditerranée montre qu’il n’y a pas de déterminisme de la discontinuité physique et que la géographie de la fracture n’est pas très ancienne, accentuée par l’histoire récente (colonisation, décolonisation, immigration). Si les frontières sont nombreuses (linguistiques, culturelles, religieuses, politiques…), qu’elles concernent la place de la femme dans la société ou la lecture du passé colonial, les points de rencontre sont également très nombreux, particulièrement dans le domaine de la création artistique (littérature, peinture, musique…). La Méditerranée est donc une frontière, mais est-elle pour autant une vraie discontinuité ? Est-ce un espace qui sépare ou plutôt une zone de transition progressive et complexe ?

Programme

25/10/2022, Jaouad Serghini (Université d’Oujda, Maroc) : Pont et porte, cette Méditerranée entre littérature et cinéma.

24/01/2023, Christophe Meuret (archéologue, ancien élève de l’école française de Rome) : Quand il n’y avait pas de frontières en Méditerranée.

28/03/2023, Liliana Pop (Université Babeş-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie) : Lord Byron le cosmopolite.

27/06/2023, Emanuele Giordano (Université de Toulon) : Géographies de la nuit urbaine, la nuit comme dernière frontière de la ville.

24/10/2023, Hanna Ayadi (Université de Toulon) : Le bassin méditerranéen ou la fabrique des monstres.

07/11/2023, Laure Lévêque (Université de Toulon) : Pour une Europe sans frontières, Corinne (1807) de Mme de Staël, un exemple de géopolitique narrative.

06/02/2024, Mustafa Kol (Université de Kafkas Kars, Turquie) : La représentation du méditerranéen dans l’oeuvre d’Edmond About.

19/03/2024, Anita Staron (Université de Łódź, Pologne) : Teodor de Wyzewa entre la France et la Pologne.

09/04/2024, Hassen Bkhairia (Institut Supérieur des Études Appliquées en Humanités de Tozeur, Tunisie) : Relations de voyage en Orient et représentations des frontières.

23/04/2024, Youssef Ferdjani (Université de Toulon) : Quand les frontières entre France et Maghreb s’effacent, Les Méditerranéennes d’Emmanuel Ruben et Vivre à ta lumière d’Abdellah Taïa.

Les Conférences

Colloque : Le Royaume-Uni de Boris Johnson à Rishi Sunak : Crises en série

Jeudi 15 et Vendredi 16 juin 2023

Bâtiment Pi • Amphi FA.010 • Campus de Toulon – Porte d’Italie


Organisateurs

Youssef FERDJANI

LP

Karine TOURNIER-SOL

karine.tournier-sol@univ-tln.fr


Ce colloque international sur l’actualité politique britannique se propose d’analyser l’évolution du Royaume-Uni au cours des trois dernières années, sous les mandats des Premiers Ministres conservateurs successifs, et notamment de Boris Johnson.

Télécharger le programme du colloque

A la fin 2019, le Royaume-Uni s’est en effet doté d’un nouveau Premier Ministre, Boris Johnson, pouvant désormais s’appuyer sur un large soutien majoritaire du parti conservateur à la Chambre des communes. Elu sur la promesse de mettre en œuvre le Brexit (« Get Brexit done ! ») après avoir été l’un des principaux promoteurs de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, et promettant au pays un réalignement géostratégique ainsi qu’une remise à niveau (« levelling up ») des territoires déclassés du nord anglais en rupture avec dix ans d’austérité économique, Boris Johnson s’est d’abord affirmé comme un leader atypique, dynamique et relativement populaire, au style populiste inédit, et dont le profil idéologique « attrape tout » a renouvelé le message idéologique et élargi la base sociologique du parti conservateur.

Son mandat à la tête du Royaume-Uni a par la suite été caractérisé par de nombreuses turbulences dans un contexte politique et sociétal difficile, marqué par une série d’écueils : les négociations sur la sortie de l’UE et les conséquences concrètes du Brexit pour l’économie et la géopolitique britanniques ; les difficultés liées au COVID-19 et la gestion de la crise sanitaire ; les tensions identitaires centrifuges menaçant l’intégrité de l’Union britannique, en Ecosse et en Irlande du nord en particulier ; la crise diplomatique et énergétique en relation avec la guerre en Ukraine ; les difficultés économiques liées à une croissance en berne, à la hausse de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat de nombreuses catégories de la population ; enfin la montée des tensions sociales résultant dans une multiplication de grèves à un niveau inédit depuis trois décennies, ont constitué l’arrière-plan de la nouvelle donne politique mise en œuvre par la majorité conservatrice. La gouvernance de Boris Johnson a aussi été émaillée de nombreuses polémiques et scandales et la fin de son mandat à l’été 2022 a été particulièrement chaotique, sa démission forcée, puis ses remplacements successifs à la tête du Royaume Uni, d’abord par Liz Truss puis par Rishi Sunak, laissant une impression de confusion et d’instabilité institutionnelles au cœur de la démocratie britannique, ajoutant une crise politique aux multiples difficultés évoquées.

Dans le cadre de ce colloque, il s’agira d’établir un premier bilan de ses trois dernières années et de s’interroger sur l’évolution de la démocratie et de la société britanniques. On analysera notamment l’inscription de la politique de Boris Johnson dans la continuité ou en rupture avec l’héritage des précédents gouvernements conservateurs de David Cameron et Theresa May, et du degré de renouvellement de l’idéologie conservatrice. On s’intéressera également au style de leadership, de type charismatique, incarné par Boris Johnson, en comparaison avec ses prédécesseurs et dans un contexte international caractérisé par l’émergence de nombreux dirigeants populistes, et à sa réception dans l’opinion et les media britanniques. On analysera également l’état de fragmentation de l’Etat multinational britannique, ainsi que les contours de cette nouvelle identité britannique revendiquée, à la fois plus anglo-centrée et en lien avec l’« Anglosphere » et/ou le concept de « Global Britain », qui illustrerait une rupture avec les décennies précédentes et le retour à un ordre ancien et un passé glorieux. Il s’agira aussi de questionner le contenu concret et la portée des politiques mises en œuvre depuis 2019, dans les domaines économique et social notamment, ainsi qu’aux alternatives possibles portées par l’opposition et actuellement en gestation. Enfin les traces de la polarisation identitaire et des fractures sociologique, culturelle et électorale laissées par le débat sur l’intégration européenne sur la société comme sur la classe politique britanniques, seront aussi particulièrement observées, dans le contexte désormais acté du désengagement britannique de l’Union Européenne.

Séminaire « Retours/Détours » de l’équipe Textes et livres

L’Apocalypse en français au Moyen Âge : retours textuels, détours intertextuels.

Mercredi 24 MAI 2023 À 16H00

Salle W1.115Campus de La Garde


Coordinatrice

Youssef FERDJANI

Hélène AVERSENG

helene.averseng@univ-tln.fr

Conférencier

LP

Louis-Patrick BERGOT

Université de Strasbourg


Cette conférence inaugurera le nouveau séminaire « Retours/Détours » de l’équipe Textes et livres du laboratoire BABEL.

Louis-Patrick Bergot, spécialiste de la réception de l’Apocalypse dans la littérature médiévale, y abordera les différentes traductions françaises de l’Apocalypse du XIIIe au XVe siècle, textes et images à l’appui, puis se penchera sur l’utilisation intertextuelle de l’Apocalypse, dans un corpus divers : La Somme le roi, Le Roman de la Rose, Les Sept Articles de la foi…

Présentation de l’ouvrage : « La politique au Royaume-Uni »

vendredi 31 mars 2023 à 10h – séance à distance uniquement

Pauline Schapper (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle) pour la présentation de l’ouvrage : La politique au Royaume-Uni, Collection Repères Science Politique Droit, Paris: La Découverte.

Evénement organisé par l’équipe Monde anglophone contemporain du Laboratoire Babel.

Coordinatrice : Karine TOURNIER-SOL

Contact : karine.tournier-sol@univ-tln.fr

Consultez la page suivante ICI pour obtenir le lien Teams permettant d’assister à la présentation.

Séminaire de l’équipe Écriture des espaces euro-méditerranéens : FRONTIÈRE(S)

MARDI 28 MARS 2023 À 17H00

Salle W1.115, Campus de La Garde


Coordinateur

Youssef FERDJANI

Youssef FERDJANI

youssef.ferdjani@univ-tln.fr

Conférencière

LP

Liliana POP

Université Babeş-Bolyai, Cluj-Napoca


Lord Byron, le cosmopolite

Fait universellement reconnu, Lord Byron a créé un nouveau type de héros romantique. Parmi les nombreuses facettes de cette rénovation, un aspect nous retiendra plus particulièrement, qui concerne le parcours européen du héros, largement confondu avec celui de l’auteur : un parcours éminemment méditerranéen.

Identity divide(s) in post-Brexit Britain

VENDREDI 10 MARS 2023 À 9H00

AMPHI F4.110, Bât. PI, Campus de Toulon/Porte d’Italie


Coordinatrices

Karine Tournier-Sol & Agnès ALEXANDRE-COLLIER

Contacts

karine.tournier-sol@univ-tln.fr & agnes.collier@u-bourgogne.fr


Le clivage identitaire dans le Royaume-Uni post-Brexit

Le concept d’identité englobe divers aspects tels que le libéralisme culturel, l’ethnicité, le territoire, la religion, le genre ou l’orientation sexuelle. Cette journée d’étude vise à aborder ce concept dans son sens le plus large et à embrasser ces différents aspects ensemble plutôt que séparément, afin d’examiner comment ils se chevauchent, se croisent et se complètent.

La recherche académique récente a souligné l’émergence d’une politique de l’identité (identity politics) dans le paysage politique britannique, illustrée de manière flagrante par le référendum de 2016 sur le Brexit. Le résultat du référendum a mis en évidence puis alimenté la polarisation entre deux groupes, les Leavers et les Remainers – deux tribus à la vision du monde irréconciliable, qui semblent être divisées selon un nouveau clivage, défini par Ford et Sobolewska comme un conflit identitaire entre les « conservateurs identitaires » et les « libéraux identitaires ». Le clivage entre ces deux tribus, que Goodhart appelle les « Somewheres » et les « Anywheres« , s’articule autour de valeurs spécifiques, que reflète également l’échelle libertaire/autoritaire.

Alors que le clivage identitaire apparaît comme un nouveau facteur structurant, comment se traduit-il dans l’arène politique ? L’objectif de cette journée d’étude est d’explorer ce clivage identitaire et de reconsidérer les clivages préexistants et les clivages traditionnels. Ce clivage est-il appelé à devenir une caractéristique permanente du paysage politique britannique ?

La question du potentiel disruptif de la politique de l’identité mérite également d’être soulevée, étant donné sa dimension polarisante et exclusive, reposant sur des valeurs souvent davantage fondées sur des émotions que sur une pensée ou des arguments rationnels. De plus, ce conflit identitaire tend également à faire le jeu et à alimenter la montée des partis et des idées de la droite radicale.

Conférence : « Quand il n’y avait pas de frontière en méditerranée »

Conférence animée par Christophe MEURET (archéologue), dans le cadre du séminaire Frontière(s) organisé par l’équipe Écriture des espaces euro-méditerranéens du Laboratoire Babel.

Coordinateur : Youssef FERDJANI
Contact : youssef.ferdjani@univ-tln.fr

Mardi 24 Janvier 2023 à 17h00 – salle w1.115 – campus de la garde

À la fin de la République romaine, les rives de la Méditerranée sont conquises ; cette mer est alors l’axe principal du monde connu.

D’Homère à Ptolémée, les confins mythiques de cette mer intérieure sont devenus des données concrètes utiles aux géographes qui tentent d’en faire le dessin.